
Pour la première fois depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, il y a près d’un an et demi, plusieurs centaines de Gazaouis ont manifesté leur colère contre le Hamas. La protestation est partie mardi de Beit Lahia, dans le nord de l’enclave palestinienne, avant de gagner Gaza-ville, Jabalia au nord et Khan Younès au sud dès le lendemain. Certains slogans et pancartes ont appelé le Hamas à céder le pouvoir.
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« C’est plus qu’une simple colère, c’est quasiment un cri de désespoir des Palestiniens à Gaza. Les Gazaouis sont à bout. Certains ont même pris le risque de manifester à visage découvert avec des panneaux tels que “Hamas dehors”, “Hamas terroristes” ou encore “Nous ne voulons pas mourir” », observe David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l’Iris et rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques.
Les manifestations civiles d’une telle ampleur contre le Hamas, qui tient les rênes du pouvoir depuis 2007, sont rares à Gaza. « Il a pu y en avoir par le passé, mais elles ont toujours fait l’objet d’une répression par le Hamas, ce qui ne semble pas être le cas pour le moment. Le but inavoué serait d’éviter que la protestation en vienne à se cristalliser contre lui », analyse le géopolitologue.
Selon une étude menée par l’université d’Oxford avec l’institut de sondage palestinien PSR en janvier dernier, seuls 20 % des Gazaouis disaient encore soutenir le mouvement islamiste. De son côté, Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, a répété à plusieurs reprises qu’il ne voulait ni du Hamas ni du Fatah, le parti palestinien rival qui a demandé au Hamas d’accéder à la demande de la rue et de quitter le pouvoir.
« La vraie question de fond, c’est l’identité d’une éventuelle gouvernance politique à Gaza pour “le jour d’après”. Or, il n’existe pour l’instant aucune alternative crédible au Hamas. Ses dirigeants en ont parfaitement conscience et jouent logiquement là-dessus pour se maintenir au pouvoir », avance David Rigoulet-Roze.
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La question d’une éventuelle issue politique au conflit au sein de l’enclave palestinienne reste donc en suspens. D’autant plus que le sort des derniers otages encore vivants retenus à Gaza est de plus en plus incertain. Vingt-quatre d’entre eux, entre les mains du Hamas depuis plus de seize mois, sont encore présumés vivants. « Le Hamas n’a objectivement aucun intérêt à libérer tous les otages. S’il n’a plus cette carte, il ne dispose plus d’aucun levier de négociation avec Israël. C’est un peu la quadrature du cercle », décrypte notre interlocuteur.
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