On a peine à la croire mais Emmanuelle Galabru a longtemps été « très timide »… « Mais vraiment très, très timide », insiste-t-elle alors qu’on émet quelques doutes. La timidité n’est effectivement pas le premier qualificatif auquel on pense devant cette jeune femme brune, le regard franc et rieur, drôle et bavarde, toujours mille anecdotes à la bouche, qui a tenu le rythme effréné de Boeing Boeing, la comédie de boulevard française la plus jouée dans le monde pendant près de trois ans.
« Eh bien justement, vous avez tout faux, assène-t-elle dans un clin d’œil, c’est grâce à Boeing Boeing que j’ai appris mon métier et à me délivrer de ma timidité. Qu’est-ce qu’on s’éclatait à jouer ça. C’était drôle et épuisant à la fois. Face au public, je n’avais plus le choix. J’ai joué plusieurs rôles quelquefois au pied levé pour remplacer une actrice malade. Je sais que cela fait mauvais genre mais j’assume la comédie de boulevard. À l’origine, c’est ce que je suis, c’est ma formation. » Adieu théâtre public, metteur en scène subventionné et scène nationale, la fille de Michel Galabru et de Claude Etevenon, petite-nièce de la comédienne Micheline Dax, a choisi son camp : le public !
Entrer dans l’univers de Labiche
Habituée à la fougue de son amie, la metteuse en scène Frédérique Lazarini tempère les propos de la comédienne avec douceur : « Comme toujours, Emmanuelle s’emballe. C’est une magnifique actrice qui a un sens du rythme inné et une repartie incroyable sans avoir ni les tics ni les trucs du boulevard. Dans Le Voyage de Monsieur Perrichon, elle parvient à entrer dans l’univers de Labiche avec sa naïveté et cette espèce de candeur amusée face aux événements qui fait mouche. Elle garde au fond d’elle cette humanité, une grâce qui n’est jamais vulgaire, jamais fabriquée. Et ça, ce sont des vraies qualités de comédienne que, moi, j’aime beaucoup chez Emmanuelle. Il faut que les personnages soient très humains pour qu’ils nous touchent et qu’on se retrouve en eux, parce que tous leurs défauts, ce sont aussi les nôtres. »
Un jour, mon père m’a dit…
En 1990, Emmanuelle a 14 ans lorsqu’elle voit pour la première fois la pièce de Labiche, dans une mise en scène de son père Michel Galabru, avec Jacqueline Jehanneuf dans le rôle de Madame Perrichon : « C’était une amie de mes parents que j’aimais beaucoup. Je me souviens plus d’elle que de mon père dans cette pièce. » On comprend pourquoi elle avoue qu’en jouant Labiche, elle « a l’impression d’être un peu à la maison », une expérience pas forcément agréable pour une comédienne.
« Quand je l’ai relu, c’était affreux parce que j’avais le son de leurs voix dans l’oreille. Enfin, affreux, oui et non… J’entendais mon père et Jacqueline. J’étais presque dans l’imitation. C’est pour ça, peut-être, que ce n’était pas trop mal dès le départ », explique-t-elle en riant. Cédric Colas, son partenaire, ancien élève de Michel Galabru, a dû lui aussi, selon ses propres mots, « se désenvoûter » du maître afin de tirer Perrichon vers « l’innocence qui est extrêmement précieuse pour les personnages de Labiche ».
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Premier prix du Conservatoire national d’art dramatique et pensionnaire de la Comédie-Française… Michel Galabru a-t-il suivi le parcours de sa fille ? « Mon père était d’une génération où on ne disait à ses enfants ni je t’aime, ni je suis fier de toi, ni rien de tout ça, se souvient-elle. Il était très pudique. On a pourtant joué ensemble plusieurs fois, notamment On purge bébé de Georges Feydeau, qu’il a mis en scène. Il est venu me voir au théâtre quand je jouais les choses sans lui, mais il ne me disait jamais rien. Et puis, un jour, au festival de Ramatuelle — je m’en souviens comme si c’était hier — je jouais Les Affaires sont les affaires d’Octave Mirbeau. J’avais une scène dramatique, et, lorsque je suis sortie de scène, j’ai été applaudie, ce qui, à Ramatuelle, est un exploit, il faut le dire ! Ça faisait déjà dix ans que j’étais comédienne mais c’est le moment qu’a choisi mon père pour prendre son inspiration et me dire : ‘‘Ça y est. Là, je sais que tu es une vraie comédienne.’’ Je lui ai rétorqué : “P…, ça a mis du temps à venir !” Remarquez, ça n’en avait que plus de valeur… »
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