
Peu habitué, par ma fonction d’entraîneur, à fréquenter les hommes politiques, je garde de mes rencontres avec Jacques Chaban-Delmas un souvenir émerveillé. Membre du Racing Club de France, il jouait au tennis et effectuait des séances sur la piste olympique de la Croix-Catelan, dans le bois de Boulogne, entraîné par Roger Frassinelli – qui fut le technicien du coureur Michel Jazy. Nous ne manquions jamais de venir le saluer. Son contact était direct, chaleureux. Il aimait la jeunesse.
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Cette association du sport et de sa tradition éducative et sociale, il la tenait de ses années au lycée Lakanal, à Sceaux, dans les Hauts-de-Seine, où, du reste, il avait découvert le rugby qu’il pratiqua au plus haut niveau, puisqu’il fut ailier à Bègles. Il obtint même une sélection internationale en 1945. En tennis, rappelons qu’il a participé au double mixte à Roland-Garros en 1956 ! Pour les hommes de ma génération, « Chaban » était avant tout le résistant de la première heure, libérateur de Paris, général à 29 ans, compagnon de la Libération. C’était un grand homme d’État, président de l’Assemblée nationale et Premier ministre de Georges Pompidou au tournant des années 1970.
Je retenais surtout sa discrétion quand il venait au Racing. Il prenait le soin d’effectuer, en marchant seul, les vingt derniers mètres. Souvent, après ses séances, le masseur Brilouette nous demandait poliment si on avait quelques minutes pour discuter avec le président de l’Assemblée nationale. C’était un immense honneur. J’en venais à souhaiter qu’il soit ministre des Sports ! Mais mes pensées s’arrêtaient toujours à la porte des vestiaires. S’il nous posait des questions sur les compétitions, il était heureux comme un gamin de sixième de nous raconter ses aventures : les retours des matchs de Bègles en wagon de troisième classe ou son voyage à bicyclette, pendant la guerre, entre Le Mans et Paris occupé en tenue de tennisman avec la raquette en bandoulière.
Il s’engage avec Coluche dans l’aventure des Restos du cœur
Il était avant tout un homme d’action. Son attitude, en 1985, quand Coluche lança les Restos du cœur où il s’engagea immédiatement à ses côtés, en est la preuve. Il parlait aux grands de ce monde comme aux petits de Colombes, ma ville. C’était sa marque. Pour moi, davantage encore qu’un homme d’État, il était un homme de sport. Il le montrait lors des vœux à l’hôtel de Lassay, résidence du président de l’Assemblée. Il connaissait la totalité des champions, des entraîneurs et des dirigeants. Le voir évoluer dans ce milieu bien éloigné des combats politiques me donnait des regrets sur sa carrière sportive. Au fil des années, il rencontrait des difficultés à courir en raison de ses blessures aux genoux.
Au Racing, il alternait marche, course, gymnastique, travail avec des ballons de médecine. Nous étions admiratifs. Je me rappelle aussi cette cérémonie émouvante, à Bordeaux, dont il fut le maire emblématique. Il avait remis les médailles d’or de la ville aux perchistes Pierre Quinon et Thierry Vigneron après leurs exploits olympiques à Los Angeles, et à moi-même qui était leur entraîneur. Oui, pour moi, Chaban était bien l’athlète de la République.
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