Le printemps est arrivé et chacun s’affaire, ce lundi 24 mars au petit matin, sous les voûtes basses des salles nichées à l’arrière de l’église Saint-Étienne-du-Mont, voisine du Panthéon, dans le Quartier latin. Il faut plier bagage, pour les quatre « accueillis » qui ont trouvé couvert et gîte chaque soir, pendant près de trois mois, dans cette paroisse parisienne.
Responsable de l’accueil pour « Hiver solidaire » depuis sept ans, Jean-Baptiste a pris son tour de bénévole une dernière fois pour passer la nuit à leurs côtés, sur un matelas rustique. Pour cet ultime petit-déjeuner, il se concentre sur sa tartine de Nutella : il faut écouler les stocks… « Les vrais adieux ont eu lieu hier soir… Un dernier dîner, avec les bénévoles, une guitare, des chants… Un beau moment, tout le monde avait les larmes aux yeux, l’ambiance était particulièrement fraternelle cette année ! »
« Ils vont tous quelque part, tous auront un toit sur la tête, se réjouit le jeune responsable. L’un doit retourner chez sa mère, mais les trois autres ont retrouvé un logement ». Bachir, « un bosseur, d’une très grande gentillesse », trouvera refuge à l’Association pour l’amitié, qui propose des colocations solidaires entre jeunes actifs et personnes sorties de la rue. Yves, 75 ans, qui dormait dans sa voiture avant d’être accueilli à Saint-Étienne-du-Mont, a lui aussi trouvé un logement associatif, excentré, mais à bon prix, grâce à l’accompagnement d’un travailleur social – à Paris, ils sont quatre à être affectés à cette mission. Le Camerounais Patrick, enfin, créchera à Roissy, dans un logement collectif.
Reloger n’est pourtant pas l’objectif premier : « accueil inconditionnel », Hiver solidaire n’est pas un hébergement d’urgence et il ne faut pas promettre un logement à la clé, est-il rappelé chaque année aux bénévoles. « Hiver solidaire favorise la création d’une relation humaine, d’un lien simple et vrai d’humain à humain dans une égalité de dignité accueilli-bénévole », revendique le diocèse.
L’opération s’est étendue à une dizaine de villes en France
Née en 2008 à l’initiative du cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris, l’opération s’est étendue au diocèse de Nanterre et à une dizaine de villes en France : à Paris, Hiver solidaire a accueilli 257 personnes cet hiver, dans 43 paroisses où plus de 3 000 bénévoles étaient mobilisés, et près de la moitié des personnes accueillies retrouvent un toit. Pour Jean-Baptiste, « des places, on en trouve toujours, pour ceux qui n’ont pas d’exigences irréalistes : la difficulté est plutôt d’accompagner ceux qui sont trop “cassés” par la rue pour suivre une quelconque procédure… On observe aussi parfois un déclic chez certains profils qui pendant longtemps ne voulaient pas vraiment quitter la rue… »
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Il cite en exemple Jacques, une vieille connaissance. Responsable du « recrutement » renouvelé chaque année, qui doit s’opérer avec discernement pour assurer une cohabitation paisible pendant quelques mois, Jean-Baptiste les connaît tous, dans son quartier arpenté au gré des maraudes avec la Conférence Saint-Vincent-de-Paul.
Le jeune bénévole est très attaché à cette traduction concrète de sa foi. Il y croit plus qu’à la politique et se souvient qu’Emmanuel Macron avait salué, dans son discours au Collège des Bernardins en 2018, ce travail aussi discret qu’essentiel de l’Église catholique, « composante majeure de cette partie de la nation qui a décidé de s’occuper de l’autre partie, celle des malades, des isolés, des déclassés, des vulnérables… ». C’était à quelques rues d’ici.
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