Show devant ! On a le sens de l’accueil, chez Lazare. L’association qui propose des colocations solidaires entre personnes sans-abri et jeunes actifs s’apprête à mettre le feu à l’arrivée du Vendée Globe. La température montait depuis quelques jours chez les « chauds de l’arrivée », le nom que les « colocs » avaient donné à leur groupe WhatsApp, pour se préparer à fêter Tanguy Le Turquais et son bateau Imoca aux couleurs de Lazare.
Le 3 février dernier, le skipper franchit la ligne des Sables-d’Olonne dans une ambiance d’« ultras » : Julien, ancien coloc, passé par la prison, aujourd’hui titulaire d’un diplôme de médiateur social, allume des feux d’artifice… Daniel, de la coloc de Rennes, « grand fan de Tanguy », s’est teint la barbe en rose. Les yeux de son colocataire Tayeb, sorti de la rue en juillet dernier, s’illuminent : « C’est la plus belle journée de ma vie ! »
Ils sont une centaine réunis, après avoir été 260 chanceux à naviguer sur le bateau avant le départ. Ému par cette ferveur, Tanguy confie, lors de la fête à terre, sa « fierté immense d’être le porte-étendard de ces “grands malades”, de ces personnes qui ont passé leur vie dans la rue et qui, aujourd’hui, prennent possession du chenal ».
Quelques semaines plus tard, on se remet à peine de cette « aventure extraordinaire », souffle Aliénor de Sentenac, responsable de la communication de l’association. Entre Lazare et le skipper, le coup de cœur a été réciproque et Tanguy Le Turquais a été plus qu’un ambassadeur : « Simple, accessible, attentif… ll incarne le projet ! » Un pari réussi pour ce modèle atypique : attirer des mécènes – distincts des donateurs habituels – qui se sont effacés derrière les couleurs de l’association. De quoi lui faire prendre une nouvelle dimension ? « Les retombées multiples sont difficiles à mesurer, mais nous avons eu par exemple une vague inhabituelle de candidatures pour des colocs. Attirer de jeunes actifs est essentiel pour continuer à nous développer ! », explique Aliénor.
Les « colocs » réunissent sans-abri et jeunes actifs
Chez Lazare, née en 2010, les « colocs » réunissent en effet à parité ceux qui étaient « sans-abri » avec ceux qui sont « à l’abri du besoin », âgés de 25 à 35 ans pour la plupart. Quinze maisons, d’hommes ou de femmes, sont ouvertes en France, chacune sous la responsabilité d’une famille bénévole. Montpellier, Clermont-Ferrand, Nancy et Lorient ont ouvert en septembre dernier. Des déjeuners de l’amitié, une fois par mois, ouvrent les maisons aux futurs « colocs » potentiels, qui viennent souvent du tissu d’autres initiatives dédiées aux personnes de la rue. Avec Hiver solidaire par exemple, les passerelles se trouvent à la fois chez les personnes accueillies et chez ceux qui s’engagent : les bénévoles Axel, à Bordeaux, ou Clément, à Lyon, sont ainsi passés de l’un à l’autre.
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Après le Vendée Globe, Lazare garde son capf pour répondre à un besoin qui reste criant : « Notre défi est de continuer à nous faire connaître, expose Aliénor. Pour accueillir davantage, et mieux : on accompagne déjà bien la lutte contre les addictions, mais on peut améliorer le suivi médical et psychologique… Avec toujours pour horizon d’aider à changer de regard, de montrer qu’il est possible de sortir de la rue : on peut quitter la drogue, retrouver sa famille, un lien social… Renaître en somme ! »
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