Si l’on se place du côté du droit, la décision de condamner Marine Le Pen pour « détournement de fonds publics » à une peine de prison (quatre ans dont deux ferme aménagés sous forme de détention électronique à domicile), assortie d’une période d’inéligibilité de cinq ans, n’est hélas guère surprenante au regard de la loi Sapin 2. Ce texte, voté en 2016 après l’onde de choc de l’affaire Jérôme Cahuzac, avait précisément pour objet la moralisation et la restauration de la confiance des Français en la vie politique.
Chacun se souvient de la tragicomédie qui s’est jouée en 2013 autour du sulfureux ministre des Comptes publics de François Hollande, jurant devant l’Assemblée nationale ne pas posséder de compte à l’étranger. On connaît la suite. La condamnation et le déshonneur pour lui. Une gifle retentissante pour la gauche, éternelle donneuse de leçons de morale qu’elle évite souvent de s’appliquer à elle-même.
« Les juges ont appliqué, avec un zèle extrême, la loi votée par les parlementaires eux-mêmes »
Il s’en suivit une loi très dure portée par Michel Sapin, avec cette fameuse clause voulue par le législateur, c’est-à-dire les députés, prévoyant une peine complémentaire d’inéligibilité automatique pour éviter au maximum la récidive et dissuader les élus de se rendre coupables de fraude ou de détournement de fonds publics.
Les juges du tribunal correctionnel de Paris ont donc appliqué, avec un zèle extrême, la loi votée par les parlementaires eux-mêmes. Et n’ont pas écarté cette « exécution provisoire » qui interdit de facto à Marine Le Pen de se présenter à quelque élection que ce soit pour les cinq ans à venir. Cinq ans en politique, c’est plus qu’une éternité, c’est une peine capitale même si son actuel mandat de député n’est pas remis en cause par le jugement. Sur le plan démocratique, cette décision de justice heurte profondément l’idée que seuls les citoyens ont le pouvoir d’écarter un responsable politique par le biais des urnes. Le peuple est souverain et les juges, en se prononçant ainsi à sa place, se sont livrés à un pronunciamiento, soit un coup d’État judiciaire favorisé par un pouvoir politique de gauche.
Rappelons que la droite s’était en partie opposée au texte à l’époque et que Marion Maréchal, l’une des deux députés FN de l’Assemblée, avait voté contre. Où se trouve la liberté de l’électeur si l’on retire de la course l’un ou l’autre des candidats, a fortiori la favorite dans le cas de Marine Le Pen ? Dans notre dernier sondage Ifop pour le JDD, la présidente du groupe parlementaire RN se classait dans tous les cas de figure en tête des intentions de vote pour le premier tour de la présidentielle.
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Avec, à chaque fois, un score supérieur à 34 %. Colossal. Cela représente des millions d’électeurs français qui se verront privés de leur candidate. Une preuve de plus, à leurs yeux, de l’immense mépris dans lequel ils sont tenus par des élites judiciaires devenues toutes puissantes. Le grand empêchement est en marche, avec des conséquences politiques et sociétales incalculables. La crise de régime atteint son paroxysme. Aujourd’hui, certains élus réclament une révision de la loi Sapin 2 à l’instar de Christian Estrosi, le maire de Nice. Mais il est bien tard. Le pouvoir a changé de mains. Celui des juges est aujourd’hui exorbitant et clairement antidémocratique.
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