L’affaire est passée relativement inaperçue. Et pour cause : le procès de Jean-Philippe Desbordes s’est déroulé en novembre dernier. Le procès des viols de Mazan, débuté en septembre et dont le verdict a été rendu le 19 décembre dernier, occupe alors tous les esprits. Les faits pour lesquels l’ancien journaliste Jean-Philippe Desbordes, 55 ans, a écopé d’une condamnation à vingt de réclusion criminelle le 22 novembre dernier sont pourtant d’une brutalité inouïe : violences et privation de soins sur les filles mineures de sa compagne, viols avec actes de barbarie sur la fille aînée de la fratrie ainsi que sur l’une de ses élèves d’aïkido.
Outre sa condamnation, Desbordes fait désormais l’objet d’une mesure de suivi socio-judiciaire de sept ans avec injonction de soins et a interdiction formelle d’entrer en contact avec les trois victimes et son ex-compagne. S’il ne respecte pas ces injonctions, il pourrait purger cinq ans de prison supplémentaires. Selon nos informations, confirmées par les avocats des parties civiles, Jean-Philippe Desbordes – qui a d’abord annoncé faire appel de cette décision – s’est finalement ravisé, rendant cette condamnation définitive.
Tout au long du procès, l’ancien journaliste n’a pourtant cessé de clamer son innocence. « C’est un authentique pervers narcissique. Or, un pervers narcissique est incapable de se remettre en question, il est toujours persuadé d’être dans son bon droit. Il a changé sans arrêt de version, il s’est beaucoup contredit lors de ses audiences. », confie au JDD Néguineva Momeni, son ex-belle fille et sa principale victime.
Un nom bien connu du journalisme
Jean-Philippe Desbordes est un nom bien connu dans le milieu journalistique. En tant que journaliste d’investigation, il s’intéresse à des sujets d’étude aussi divers que le nucléaire, le pétrole, l’alimentation, la santé, l’environnement. Au début des années 1990, il passe une partie de sa carrière dans le service public audiovisuel, à Radio France et à France Info.
Il se consacre ensuite à la presse écrite : il pige pour Charlie Hebdo, Le Canard enchaîné, L’Événement du Jeudi, ainsi que pour le magazine hebdomadaire du journal Libération. Ainsi que l’a révélé le journal Le Monde, Dov Alfon, le directeur de la publication de Libération, a d’ailleurs tenté de supprimer la mention de son passage au sein de la rédaction en 1994 sur la page Wikipédia de Desbordes. Épinglé par plusieurs journalistes du quotidien de gauche, Alfon a reconnu avoir caviardé cette information, désormais rétablie sur l’encyclopédie en ligne.
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En 2011, Desbordes devient professeur d’aïkido
En 2011, Jean-Philippe Desbordes, âgé de 42 ans, décide de tout plaquer. Il renonce à sa carrière de journaliste pour fonder l’agence ONE SHOT et propose des ateliers de « maîtrise de soi », de « renoncement à la violence » et « d’acceptation de l’autorité ». Desbordes s’improvise formateur en aïkido, imagine des « protocoles d’aiki-thérapie ». Une pratique respiratoire de son cru, supposée permettre de se libérer et de devenir pleinement soi-même.
En 2016, afin de se consacrer pleinement à son activité de professeur d’aiki-thérapie, Desbordes décide de s’installer à Mirepoix, une petite commune de l’Ariège située en plein cœur des Pyrénées, à environ 800 km de Paris.
Retors, manipulateur, mythomane
Jean-Philippe Desbordes, unanimement décrit par ceux qui l’ont côtoyé comme un homme intelligent, séducteur, cultivé, mais aussi particulièrement retors et manipulateur, est en réalité un véritable pervers narcissique, ainsi que le diagnostiqueront plus tard les experts psychiatres chargés de l’examiner.
L’ex-journaliste est aussi passablement mythomane : il affirme être anthropologue et psychiatre, diplômé d’un doctorat d’anthropologie sociale au Collège de France, d’un DEA d’anthropologie sociale à l’EHESS et d’une licence d’histoire. Il n’en est rien. En réalité, il n’a même pas le niveau requis pour enseigner l’aïkido. Sa vie repose sur une succession de mensonges. À Paris, ses collègues de France 3 ont fini par découvrir qu’il n’était pas le directeur des programmes qu’il prétendait être. Dans la Drôme, la fédération d’aïkido réalise qu’il n’a jamais été licencié.
Car sous couvert de pratique sportive et respiratoire, Desbordes exerce une véritable emprise sur certains de ses élèves. Il est soupçonné de violences sur au moins trois d’entre eux. Une autre, âgée aujourd’hui d’une trentaine d’années, l’accuse de viol.
« Ma mère était devenue une espèce de zombie »
En 2017, Jean-Philippe Desbordes fait la rencontre de Sylvie, 49 ans, une mère de famille divorcée de trois enfants, aide-soignante dans un Ehpad. Au moment de leur rencontre, ses trois filles sont âgées de 16, 14 et 8 ans.
Très vite, Jean-Philippe Desbordes et Sylvie emménagent ensemble. Jean-Philippe exerce une véritable fascination sur cette dernière, qui se met à lui vouer un véritable culte et une admiration sans borne. Elle lui verse de l’argent et accepte de se plier à l’emploi du temps millimétré que lui impose son nouveau compagnon. « Ma mère était totalement subjuguée par lui dès le premier jour. Elle est devenue une espèce de zombie. La communication était totalement rompue avec elle, c’était impossible de lui faire entendre raison. », relate Néguineva Momeni auprès du JDD.
Un an après, en août 2018, Jean-Philippe convainc Sylvie de rapatrier ses trois enfants au domicile familial, dans l’Ariège. Ce qui ne devait être qu’un séjour de vacances de quinze jours marque le début d’un enfer qui va s’étaler sur près de deux ans.
Les trois jeunes filles de Sylvie sont contraintes de couper toute relation extérieure et de tirer un trait sur leurs amis et leurs proches. Jean-Philippe Desbordes fait vivre un véritable calvaire aux trois sœurs : privations de repas, marches forcées de plusieurs kilomètres dans le froid ou sous une chaleur de plomb, seules et sans eau, obligation de rester des heures sur les genoux.
Il arrive que les coups pleuvent lorsque l’une des adolescentes a le malheur d’exprimer un désaccord. Parfois, c’est Sylvie elle-même qui s’en prend physiquement à ses propres enfants. « Quand elle agissait, c’était à la demande de Jean-Philippe. Il disait : “Ce soir, tu ne leur donnes pas à manger”, “Ce soir, elles dorment dehors”, ou encore : “Ta fille a fait une bêtise, mets-lui une gifle”, etc. Cela ne venait jamais d’elle directement, mais s’il lui demandait, elle obéissait sans hésitation. C’était un peu sa marionnette », précise Néguineva Momeni.
« Il me violait jusqu’à six fois dans la journée »
Jean-Philippe Desbordes fait de Néguineva, à l’époque âgée de 16 ans, sa cible de prédilection. La jeune femme, aujourd’hui âgée de 23 ans, raconte avoir été contrainte plusieurs fois par jour, entre août 2018 et novembre 2019, à des relations sexuelles particulièrement violentes avec son beau-père. Ceci avec l’assentiment de sa mère.
Ce qui commence par des « attouchements à travers les vêtements » devient très vite des actes de viols purs et simples. Le témoignage que nous livre Néguineva, devenue au fil du temps l’esclave sexuelle de Jean-Philippe Desbordes, fait froid dans le dos : « Il a rapidement voulu que l’on fasse ce qu’il appelait “notre première fois”. Il n’a pas réussi à me pénétrer car je n’en avais pas envie, je pense que mon corps s’est défendu – c’était quand même un homme que je détestais. Il m’a dit : “Écoute, ce n’est pas grave, on s’en tiendra aux préliminaires”. Le cauchemar a commencé à ce moment-là. Tous les matins, en me réveillant, il fallait que je lui fasse une fellation, puis tous les soirs avant de me coucher. Et le midi aussi, si je n’étais pas à l’école. Il fallait assouvir son désir à n’importe quel moment de la journée. J’étais son esclave à tous les niveaux. »
L’aînée de la fratrie est convaincue que ses deux jeunes sœurs pourraient subir les mêmes sévices si elle se refusait à son beau-père. « J’étais une esclave, il me tenait en laisse. Il a commencé à me sodomiser. Je n’avais pas le droit de me doucher. Il voulait que je tombe enceinte », détaille Néguineva. « Certains jours, il me violait jusqu’à six fois dans la journée. Pendant un peu plus d’un an, c’était minimum deux fois par jour. En tout, je dirais qu’il m’a infligé entre 700 et 900 viols », estime la jeune femme.
Desbordes interpellé par la BRI
Sylvie, quant à elle, reste muette. « Elle était dans le déni très certainement, mais elle n’a rien fait pour me protéger. Au contraire, son discours était de dire : “Pour le bien de tous, Néguineva, donne-toi à Jean-Philippe », relate Néguineva Momeni.
En novembre 2019, Néguineva décide de quitter le domicile familial de l’Ariège. Elle prend conscience d’avoir été « manipulée » et « lobotomisée » par son beau-père. Deux mois plus tard, fin janvier 2020, elle donne l’alerte et dépose plainte au commissariat de Toulouse et porte plainte pour actes de barbarie commis par Jean-Philippe Desbordes à son encontre.
En septembre 2020, l’ancien journaliste est interpellé par la BRI à son domicile de l’Orne, après un ultime changement de vie. Après deux jours de garde à vue, il est mis en examen pour des faits de « viols avec torture ou actes de barbarie » et « privation de soins » répétés sur les trois filles de son ex-compagne.
Sylvie B., aujourd’hui âgée de 56 ans, présentée à la barre comme dépressive et sous l’emprise de son ex-compagnon, a quant à elle écopé de cinq ans d’emprisonnement pour complicité. Elle est ressortie libre du procès, sans mandat de dépôt.
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