L’essentiel
- Une dizaine d’anciennes adhérentes du club de boxe Léo Lagrange, à Nantes, se plaignent d’avoir été victimes d’agression et de harcèlement sexuel par deux entraîneurs, Karim et Alain Guillard.
- Karim Guillard a fait l’objet d’une interdiction d’exercer de six mois prise par un arrêté préfectoral du 19 novembre 2024.
- Les victimes reprochent à la fédération française de savate boxe française d’être restée « sourde et muette » dans cette affaire.
Elle le considérait comme un ami. Et puis tout a dérapé. Stéphanie*, ancienne adhérente d’un club de boxe à Nantes, a accepté de s’exprimer auprès de 20 Minutes afin de raconter l’agression sexuelle qu’elle affirme avoir subie en 2022. Depuis quelques jours, le club de boxe et savate Léo Lagrange est dans la tourmente après la révélation par certains de ses membres de faits d’agression et de harcèlement sexuel commis par Alain Guillard et son fils Karim, deux anciens entraîneurs.
Licenciée du club entre 2017 et 2022, Stéphanie était très impliquée dans la communication et l’organisation d’événements sportifs. Elle aidait Karim Guillard à rechercher des sponsors et des salles de libre pour des galas de boxe. « Je le considérais comme un ami, on mangeait ensemble pour parler du club, de sa femme et de ses enfants », rembobine cette femme de 35 ans.
Après sa séparation avec son ex-conjoint, elle commence à recevoir de plus en plus de textos de Karim Guillard, au départ des mots plutôt « gentils » et puis petit à petit à « connotation sexuelle ». « Il y a un moment, je me suis un peu énervée et j’ai arrêté de lui répondre par message. Je sentais qu’au club il cherchait à me taquiner car il a vu que je mettais un peu de distance. Il essayait de redevenir amical ».
« J’ai cru qu’il allait me violer »
Les messages insistants cessent et la jeune femme se dit alors qu’une relation plus apaisée est en train de naître. Mais au cours d’une réunion en dehors du club, elle affirme avoir subi des « attouchements ». « Il m’a fait comprendre qu’il aimerait bien que l’on couche ensemble, il m’a bloqué contre lui et il m’a touché le ventre et la poitrine sans mon consentement, témoigne-t-elle. Avec la peur j’étais complètement tétanisée, je lui ai demandé de sortir. Et c’est ce qu’il a fait. J’ai cru qu’il allait me violer ».
Quelques semaines après cette rencontre, Stéphanie décide de quitter le club sans en parler à personne. Deux ans plus tard, étonnés par son départ précipité, d’anciens membres reprennent contact avec elle. « C’est là que j’ai appris que j’étais loin d’être la seule ».
En effet, une dizaine d’anciennes licenciées du club soupçonnent l’ancien entraîneur d’agressions sexuelles. Ces plaignantes rapportent plusieurs faits répréhensibles par la loi – attouchement sexuel, propos discriminants et humiliants – qui se seraient produits avec des majeurs et des mineures, pendant des compétitions et en dehors du club.
Selon nos informations, Karim Guillard a fait l’objet d’une interdiction d’exercer de six mois prise par un arrêté préfectoral du 19 novembre 2024. « Une enquête est en cours et le passage du dossier devant la commission spécialisée du conseil départemental à la jeunesse au sport et à la vie associative permettra de proposer ou non au préfet, la poursuite de l’interdiction », a indiqué la préfecture de Loire-Atlantique.
Le 29 novembre 2024, la fédération française de savate boxe française a suspendu Karim Guillard de toute activité en lien avec la savate boxe française. Il est également interdit de paraître dans tous les lieux de pratique de ces disciplines. Selon la fédération, une enquête pénale est toujours en cours à l’encontre de Karim Guillard.
Un ancien entraîneur interdit d’exercer à vie
Des griefs ont également été portés à l’encontre d’Alain Guillard, le père de Karim. Fondateur du club dans les années 80, cet homme d’une soixantaine d’années a longtemps travaillé à la direction des sports de la ville de Nantes, notamment auprès des jeunes de quartier populaire.
En 2022, il avait été condamné à six mois de prison avec sursis pour avoir échangé des messages à caractère sexuel avec une jeune fille de 15 ans, rapportait Ouest-France. L’éducateur sportif s’est vu interdire l’exercice de quelconque activité en lien avec des mineurs. Son nom a été inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (Fijais).
En mai 2024, une plainte a été déposée à son encontre pour agression sexuelle. Les faits se seraient produits en marge d’une rencontre sportive entre le club et une autre équipe auquel participait la victime, a confirmé le parquet de Nantes. Alain Guillard a été placé en garde à vue le 22 août 2024. Aucune des deux infractions retenues contre lui (agression sexuelle, violation du Fijais) n’ont donné lieu à une instruction, les faits n’étant pas suffisamment caractérisés.
L’an dernier, la préfecture de Loire-Atlantique a prononcé à son encontre une incapacité d’exercer fondée sur un défaut d’honorabilité, d’après l’article L.212-9 du code du sport qui vise à renforcer la protection des mineurs.
Selon un guide du ministère des Sports, l’honorabilité recouvre l’obligation légale de ne pas avoir fait l’objet d’une condamnation pénale ou d’une mesure de police administrative pour accéder à une activité sociale ou une profession. Le parquet de Nantes n’a pas, à ce jour, été informé de nouvelles plaintes.
« La fédération est restée sourde et muette »
Dans une série de mails que 20 Minutes a pu consulter, certains adhérents du club reprochent à la Fédération française de savate boxe française d’être restée « sourde et muette » dans cette affaire. Les plaignants réclament entre autres une « condamnation claire et publique de toute forme de violence et d’agression », un accompagnement des victimes et la mise en place de mesures garantissant la sécurité des licenciés.
Contactés par 20 Minutes, Karim et Alain Guillard n’ont pas souhaité s’exprimer pour le moment.
*Le prénom a été modifié pour préserver son anonymat.