Il était où ? A Moscou. Le dirigeant nationaliste serbe bosnien, Milorad Dodik, recherché depuis des jours par la justice de son pays et réapparu lundi dans la capitale moscovite. Selon biens des experts, il aurait, entre autres, la plus grave crise politique depuis la fin de la guerre intercommunautaire (1992-1995) et la division du pays en deux entités, la RS, 49 % du territoire, et la Fédération croato-musulmane.
Le nationaliste, qui joue depuis une vingtaine d’années un rôle politique majeur dans un pays « impossible », la Bosnie, dont il veut séparer l’entité serbe, était activement recherché. Celui qui menace depuis des années de lancer la sécession de la Bosnie est passé à l’acte fin février en incitant les institutions autonomes de l’entité serbe, la Republika Srpska (RS), à interdire à la justice et à la police centrales du pays d’exercer dans l’entité.
La Bosnie, 3,5 millions d’habitants, au cœur des Balkans, nichée entre la Croatie et la Serbie, est aussi dotée d’institutions centrales faibles, renforcées après le conflit et remises en cause par Milorad Dodik. Souvent accusé par ses adversaires de « corruption » ou « d’atteinte à l’accord de paix » à cause de sa politique « séparatiste », Milorad Dodik a été pour la première fois cet hiver confronté à la justice bosnienne, qui l’a condamné fin février à un an de prison et l’interdiction d’exercer des fonctions publiques pendant six ans, pour avoir refusé de tenir compte des décisions du Haut représentant international, chargé de faire respecter l’accord de paix de Dayton (Etats-Unis) de 1995.
Depuis, l’indéboulonnable président de la RS se dit visé par un « procès politique ». Agé de 66 ans, il voue une admiration sans bornes au président russe Vladimir Poutine, à qui il est resté fidèle après l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, a célébré avec joie la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis, et accusé lundi la justice française d’avoir condamné la cheffe de l’extrême droite Marine le Pen pour des « raisons politiques ». S’il se vante aussi de ses alliances avec la Chine ou la Hongrie de Viktor Orban, qu’il rencontre régulièrement, Milorad Dodik, colosse de 1,91 m issu d’une famille de paysans de Laktasi, près de Banja Luka, doit paradoxalement son ascension politique à l’Occident.
Député dans le Parlement des Serbes de Bosnie pendant la guerre qui a meurtri le pays et fait 100.000 morts, Milorad Dodik avait en effet entamé sa carrière par un choix risqué en s’opposant à Radovan Karadzic, chef politique des Serbes bosniens durant la guerre, condamné par la justice internationale à la perpétuité pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Après la guerre, plusieurs pays occidentaux sont convaincus de tenir un modéré en la personne de ce président d’un petit parti social-démocrate, denrée rare à l’époque. En 1998, l’Otan fait même venir des députés en pleine nuit par hélicoptère pour aider Milorad Dodik à être élu Premier ministre de la RS, dans un Parlement où son parti n’avait que deux députés. Mais il est battu aux élections en 2000, et ses appels à la modération et à la réconciliation intercommunautaire se font de plus en plus rares. Six ans plus tard, il milite pour un référendum d’indépendance de l’entité serbe (jamais réalisé) et est élu avec près de 60 % des voix.
Dès lors, son emprise sur la RS ne se relâchera plus, avec un passage supplémentaire au poste de Premier ministre, deux mandats à la présidence, un mandat à la présidence collégiale de Bosnie, puis le retour aux rênes de l’entité serbe.