Thibault de Montbrial. Depuis dix-huit mois, je fais des réunions publiques dans toute la France, pendant lesquelles je rencontre citoyens et élus locaux. J’y entends des récits d’inquiétude au sujet de la violence. Et j’entends par ailleurs, et je ne m’y attendais pas dans ces proportions, beaucoup d’inquiétudes concernant la répartition des migrants sur le territoire.
Il y a peu, le ministère de l’Intérieur a publié des chiffres pour l’année 2024 qui sont alarmants ; dans un an, nous aurons les élections municipales. Entre ces deux échéances, nous avons voulu demander aux maires, qui sont en première ligne partout en France, à quel point la sécurité pouvait devenir un enjeu électoral à l’échelon municipal.
Quel est pour vous le grand enseignement de ce sondage ?
On constate une forme de fracture entre les grandes villes et les plus petites, mais on voit aussi que la sécurité n’est jamais une question anodine. D’ailleurs, tous les maires demandent plus de moyens, pas forcément matériels mais juridiques. Ils ne veulent pas plus de policiers ou de gendarmes, mais une simplification administrative du recours à la vidéo, un assouplissement des règles pour les polices municipales…
La suite après cette publicité
« Plus la population est petite, plus l’impact de l’arrivée de réfugiés sera grand »
Gros sujet, parce qu’il y a une contradiction dans le continuum de sécurité. On veut déléguer la gestion des incivilités ou de la voie publique à la police municipale, mais elle doit appeler la nationale dès qu’il faut faire un contrôle !
52 % des maires jugent quand même que la sécurité n’est qu’un sujet parmi d’autres…
C’est un chiffre qui est haut, en effet, mais qui s’explique : c’est un résultat pondéré entre les grandes et les plus petites qui n’ont pas la même réalité sécuritaire. Dans les grandes villes, c’est vraiment considéré comme un sujet primordial parce qu’il y a urgence. Mais ce qui est intéressant, c’est que tous les maires, en revanche, veulent une simplification des moyens. Preuve que certains anticipent un avenir compliqué !
L’immigration semble en revanche préoccuper tout le territoire, surtout dans les plus petites villes… En êtes-vous étonné ?
C’est tout à fait logique : plus la population est petite, plus l’impact de l’arrivée de réfugiés sera grand, il y aura moins de dilution. Et c’est la cohésion de la ville, et donc sa tranquillité, qui risquent d’être touchées.
Même chose avec la volonté de savoir si un fiché S existe dans la population de la commune…
Pour la même raison ! Les maires craignent que l’arrivée d’un fiché S constitue un foyer d’infection islamiste.
L’État est à nouveau pointé du doigt, beaucoup se sentent abandonnés… Mais par quoi devrait-il commencer ?
Il y a toutefois une tendance intéressante : les maires semblent avoir intégré que l’époque à laquelle la sécurité était assurée par le seul régalien est révolue. Le continuum est intégré et les maires savent que la police municipale joue un rôle important. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils demandent d’augmenter sa capacité opérationnelle. Prenons un exemple, que j’entends souvent, sur ce que pourrait faire l’État par simple décret ! Aujourd’hui, quelqu’un qui a été policier ou gendarme pendant vingt ans doit être formé avant de porter une arme, quand il rentre dans la police municipale !
C’est absurde et extrêmement coûteux pour les communes ! Mais personne ne signe ce décret… On pourrait aussi inverser les choses sur l’armement des polices municipales par exemple : aujourd’hui, elles ne sont pas armées, sauf décision du conseil municipal. Faisons l’inverse, armons-les par principe, sauf décision contraire du conseil municipal. Ce qui obligera ce dernier à assumer la décision devant ses administrés.
Source : Lire Plus