Cet événement, attendu fébrilement par les chefs, a réuni, comme chaque année depuis 1900, l’élite de la gastronomie hexagonale. Cette année, 78 nouvelles étoiles ont été attribuées, un chiffre reflétant, selon Gwendal Poullennec, le directeur du guide, la richesse et la diversité du talent culinaire en France : « La sélection est généreuse, a-t-il déclaré en début de cérémonie, pas parce que nos critères ont changé mais parce que le talent est partout. » Pour preuve, près de la moitié des établissements récompensés avaient ouvert récemment.
L’institution a pourtant été chahutée ces dernières années, contestée pour ses critères d’attribution flous (notamment ceux de l’étoile verte), les contraintes qu’impliquent les étoiles, l’explosion des prix suivant l’attribution ou encore ce qui a mis le feu aux poudres ces dernières semaines : son partenariat avec Top Chef (qui verra une étoile attribuée au vainqueur de la nouvelle saison si les inspecteurs y consentent). Résultat, Vincent Favre-Félix a déclaré la semaine dernière rendre son étoile et passer son menu de 98 à… 35 euros. De même, Claude Darroze, pour sa Maison à Langon, a annoncé ce jour rendre son étoile, après avoir déjà perdu sa deuxième la semaine dernière : « On était devenus inaccessibles pour la clientèle locale », s’est-il expliqué, baissant dans le même temps le prix de son menu de 30 %.
Mais du côté du guide rouge, l’heure se veut à la concorde. Gwendal Poullennec a ainsi tenté d’éteindre les feux allumés un peu partout et compte mettre fin au « Michelin-bashing » : « L’étoile du guide Michelin n’appartient pas aux chefs » mais est attribuée par le guide. Quant au partenariat avec Top Chef, le maître des étoiles a assuré que les inspecteurs ne transigeront pas pour autant sur la qualité de leur jugement et n’attribueront pas l’étoile si la table devait ne pas être à la hauteur.
« On était devenus inaccessibles pour la clientèle locale »
Il faut reconnaître que, pour créer l’ambiance de fête, il y avait de quoi se réjouir : outre les nombreuses nominations, le chef Christopher Coutanceau, relégué à deux étoiles il y a deux ans, a récupéré son troisième sésame. De même, on peut se réjouir du maintien de la troisième étoile à Arnaud Faye, le très pointu successeur d’Éric Fréchon à la tête d’Épicure, la table gastronomique du Bristol (Paris). Enfin, grande première, le Centre Pompidou-Metz est entré dans l’histoire, en devenant le premier musée de France à accueillir une table étoilée, le Yozora, dirigé par Charles Coulombeau. Et maintenant, à table !
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Une étoile
À tout seigneur tout honneur, la cérémonie ayant lieu à Metz, dans l’Est, les établissements récompensés par une étoile ont pu exulter : Palégrié chez l’Henri (Autrans-Méaudre en Vercors), Lavandin (Charols), Astérales (Corrençon-en-Vercors), Sechex-Nous (Margencel), Ombellule (Lyon) et Kern (Seytroux). À noter également les distinctions pour La Chenaudière-Le Feuillage (Colroy-la-Roche), Bulle d’Osier (Langres), Vous (Megève), Yozora (Metz), Arbane (Reims), Le Millénaire (Reims), Burnel (Rouvres-en-Xaintois) ainsi que l’Auberge chez Guth (Steige).
Dans le Nord, plusieurs restaurants ont été distingués par une première étoile : Symbiose (Cabourg), La Table de Courcelles (Courcelles-sur-Vesles), Maison Avoise (Issy-les-Moulineaux), Ginko (Lille), L’Auberge Sauvage (Servon), ainsi que plusieurs adresses parisiennes : Hakuba, Aldehyde, Origines, Vaisseau, Amalia, Agapé et Sushi Shunei.
À l’Ouest, les établissements suivants ont été récompensés : La Table d’Aurélien Largeau (Biarritz), Lore Ttipia – Auberge Ostape (Bidarray), Amicis (Bordeaux), L’Orangerie (Eugénie-les-Bains), L’Inattendu (Kervignac), Dyades (Massignac), Freia (Nantes), Omija (Nantes), Nuance (Plomeur), La Pomme d’or (Sancerre) et L’Auberge Saint-Jean (Saint-Jean-de-Blaignac).
Dans le Sud, dix-sept établissements ont décroché leur première étoile, parmi lesquels Finestra by Italo Bassi (Bonifacio), Le Charlie (Porticcio), Fario (Céret), Ébullition (Montpellier), La Maison Despouès (Puylausic), Acte 2 (Toulouse), Étude (Aix-en-Provence), Ineffable (Barbentane), JU Maison de Cuisine (Bonnieux) et La Palme d’Or (Cannes). D’autres adresses marquantes incluent Chez Jeannette (Flassans-sur-Issole), Belle de Mars (Marseille), Auberge Quintessence (Roubion), Mareluna (Théoule-sur-Mer), Elsa (Monaco), Monique (Calvisson) et Arnaud Donckele & Maxime Frédéric at Louis Vuitton (Saint-Tropez).
Deux étoiles
Neuf restaurants ont été promus à deux étoiles : Ekaitza (Ciboure), Baumanière 1850 (Courchevel), Maison Nouvelle (Bordeaux), la table sous la houlette de Philippe Etchebest, L’Observatoire du Gabriel (Bordeaux), Rozo (Marcq-en-Baroeul), L’Abysse Montecarlo (Monaco), Blanc (Paris), Sushi Yoshinaga (Paris) et L’Auberge de Saint-Rémy (Saint-Rémy-en-Provence).
Trois étoiles
Deux chefs ont atteint la consécration suprême avec une troisième étoile : Christopher Coutanceau pour son établissement éponyme à La Rochelle pour la deuxième fois et Hugo Roellinger pour Le Coquillage à Cancale.
Les distinctions spéciales
Au-delà des étoiles, plusieurs prix ont été attribués. Le prix de la jeune chef a récompensé Valentina Giacobbe pour son restaurant Ginko à Lille, qui a également décroché une première étoile. Le prix du service a été décerné au Jules Verne (Paris) et à Ébullition (Montpellier), tandis que Frédéric Doucet (Charolles) et Jean Sulpice (Talloires-Montmin) ont reçu le prix de la sommellerie.
Par ailleurs, dix restaurants ont été distingués par le prix Passion Dessert et dix autres ont obtenu une étoile verte, portant le total des établissements honorés pour leur engagement écologique à cent.
Cette édition 2024 du guide Michelin met une fois de plus en lumière le stupéfiant dynamisme de la gastronomie française et sa capacité à se réinventer sans cesse.
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