
La lumière au bout du tunnel ? Alors que le très modeste objectif gouvernemental de ramener le déficit public à 5,4 % du PIB en fin d’année semblait compromis, la publication des chiffres consolidés pour 2024 par l’Insee, jeudi matin, fait souffler un vent d’optimisme sur Bercy. Au lieu des 6 à 6,1 % attendus, le déficit public a atterri à 5,8 % du PIB « seulement ». L’effet des efforts de maîtrise de la dépense, notamment consentis par les collectivités locales au quatrième trimestre 2024, salue la ministre chargée des Comptes publics, Amélie de Montchalin, dans une interview à l’Opinion.
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« C’est un peu mieux que prévu mais il n’y a pas de quoi sauter au plafond », souffle, lucide, un conseiller ministériel au JDD. À 179 milliards d’euros, le déficit 2024 reste abyssal et maintient la France parmi les cancres de l’UE. La dette continue sa course folle à 3 305 milliards d’euros et atteint 113 % du PIB. Le chemin est encore long pour ramener la France dans les clous de la règle européenne des 3 % de déficit public. La première étape de cette remontada, qui doit aboutir en 2029, est prévue pour cette fin d’année avec un déficit public contenu à 5,4 %. Et l’ambition ne sera pas revue à la hausse, malgré le « léger mieux » constaté pour 2024. « On reste sur un objectif qui nous semble crédible, qu’on va s’attacher à tenir », plaide-t-on à Bercy, où chacun a en tête les cruelles désillusions liées aux prévisions trop optimistes de ce début d’année.
Une prudence coupable au regard de la trajectoire de réduction du déficit choisie par la France, plus lente que ses voisins les plus endettés. L’Italie a ainsi ramené son déficit de 7,2 % fin 2023 à 3,4 % du PIB au prix d’une politique d’austérité.
« À Bercy, on assume la politique des petits pas »
À Bercy, on assume la politique des petits pas. « On va devoir jongler avec de nombreux aléas budgétaires pour atteindre les 5,4 % », plaide un conseiller. Au premier rang desquels l’effort de défense réclamé par Emmanuel Macron, qui veut porter le budget annuel des armées à 100 milliards d’euros d’ici à 2029, contre 60 milliards actuellement. Une hausse colossale qui va contraindre Bercy à serrer la vis sur d’autres dépenses.
L’autre aléa qui affole Bercy, c’est la croissance, composante essentielle de l’équilibre budgétaire. La relance de la consommation se fait toujours attendre et les menaces commerciales américaines – des droits de douane sur l’acier et l’aluminium européens qui devraient s’étendre à d’autres produits à compter du 2 avril – plombent la conjoncture. Résultat, la prévision de croissance du gouvernement (0,9 %), n’est plus d’actualité selon la Banque de France, qui a révisé la sienne à la baisse à 0,7 %.
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L’agence Fitch, plus pessimiste encore, l’évalue à 0,6 %. De quoi menacer le fragile édifice construit par François Bayrou et ses ministres en vue d’atteindre l’objectif de baisse du déficit. Bercy vient donc d’annoncer le gel de 9,1 milliards d’euros de crédits prévus pour l’État et la Sécurité sociale. Une mesure qui permettra de freiner les dépenses, si les signaux d’alerte se multiplient dans les mois à venir.
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