Cinq ans après le confinement, il semblerait que l’on assiste à un timide déconfinement des esprits quant à la gestion de la crise Covid. On évoque les dégâts psychologiques sur lesquels j’alertais, avec la Société française de pédiatrie et le Collège de pédopsychiatrie, dès le début, et qui ne font plus aucun doute étant donnés des chiffres alarmants de la santé mentale et de la violence des mineurs qui ne saurait être exclusivement imputée aux écrans.
On rappelle les atteintes à la dignité et à l’intégrité concernant les funérailles, le traitement des personnes âgées, les accouchements de femmes masquées, le refus de soigner des non-vaccinés… On se souvient aussi de l’absurdité tragicomique des auto-attestations sur l’honneur. Rares sont ceux qui osent encore affirmer que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Apparaît-il pour autant, dans l’esprit de chacun, que ce à quoi nous avons assisté à l’occasion du Covid doit nous servir de paradigme pour comprendre la gestion de toutes les autres « crises » ?
Que l’enjeu soit géopolitique, écologique, sanitaire, économique, la manière de faire est identique. Une gestion uniformisée, technocratique, bureaucratisée, numérisée, pilotée par des instances souvent supranationales qui jouent à saute-mouton avec l’expression de la souveraineté populaire afin de dissimuler une confiscation claire et nette du débat public, de la nuance, des libertés fondamentales, de la liberté d’expression, de l’accès à une information contradictoire… Rien de moins, au nom du bien et de l’urgence évidemment.
En psychologie sociale, on sait que la peur est essentielle. Dès 2021, la Grande-Bretagne avait reconnu avoir exagéré le risque pour inciter les gens à respecter les mesures de distanciation sociale. Plus récemment, le Premier ministre de Madagascar a reconnu que le Covid avait été une bonne occasion pour tester l’acceptabilité de la surveillance numérique. Le QR Code a fait son retour pour les Jeux olympiques… Qu’il s’agisse de la sécurité intérieure, de l’écologie ou de la guerre, nous ne manquerons pas de surveiller les honnêtes gens, pour leur bien, évidemment.
Management par la peur
« Moi, ça ne me gêne pas, je n’ai rien à me reprocher. » Évidemment. Imaginer une seconde que l’État ne soit pas toujours notre meilleur ami serait faire preuve d’une affreuse paranoïa, évidemment. En démocratie, la propagande s’appelle communication. Le management par la peur lisse la possibilité d’un contradictoire explicite. Le leader est bienveillant, évidemment. Plutôt que d’interdire, on empêche. Vous pouvez interroger les dégâts collatéraux sur la santé mentale des enfants, mais vous serez traité de complotiste d’extrême droite. Vous pouvez refuser de vacciner votre adolescent, mais vous serez un sous-citoyen suspecté d’obscurantisme antivax, voire de dérive sectaire.
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Vous pouvez dire que les éoliennes ne sauveront pas la planète, au risque de passer pour un affreux climatosceptique mettant en danger la survie de l’humanité. Vous pouvez, évidemment, dire que vous ne souhaitez pas la guerre pour les générations futures, mais vous êtes un horrible pro-Poutine. Vous pourrez poser certaines questions, mais vous serez psychiatrisé. Vestige stalinien en démocratie occidentale, la psychiatrisation fonctionne bien en 2025. Milosz, à propos des démocraties populaires d’Europe, expliquait que chaque citoyen doute, mais à force de répéter le discours dominant, il n’y pense plus et l’assimile complètement. Tocqueville rappelait, à propos de la démocratie en Amérique, que les droits ne serviraient plus à rien pour ceux à qui plus personne ne voudrait adresser la parole.
Dans La Fabrique de nos servitudes, Roland Gori décrit certaines de ces techniques psychologiques, comme le « nudge », dont le but est d’inciter les individus à adopter, de manière indirecte, des comportements considérés comme plus vertueux. Eric Singler, directeur général de l’institut BVA nudge unit, reconnaissait, pendant le Covid, que les attestations étaient formulées, à dessein, de manière solennelle et grave. On distille ainsi, à grands coups d’outils de communication pernicieux, des incitations répétées qui, tels des coups de coude successifs, nous poussent, par peur du regard social, à faire le choix que l’on attend de nous. L’être est dès lors réduit à une addition de comportements et « la perversion sociale à laquelle parvient le nudge est de faire croire aux gens qu’ils sont libres pour mieux les manipuler ».
C’est d’autant plus efficace que tous ceux qui tiennent à garder leur place dans l’establishment vont y obéir en premier, donnant par là même l’exemple au troupeau du comportement « convenable ». En prendre conscience, c’est restaurer de la pensée, du discernement, et peut-être, s’offrir un espace de liberté intérieure.
* Marie-Estelle Dupont est l’auteur de l’ouvrage Être parents en temps de crise : un bilan inédit des années Covid et de leur impact sur les familles et la jeunesse (Trédaniel).
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