Pas de huskies ? Ce sera un molosse ! Usha Vance, la « Second Lady » américaine, devait assister ce dimanche au 38e Avannaata Qimussersu, l’une des plus grandes courses de chiens de traîneau au monde, à Sisimiut, au Groenland. Tout était prêt pour l’épouse du vice-président. Accompagnée d’un de ses enfants, Usha Vance devait donner le départ de cette course de 42 kilomètres où plus de 400 spécimens, les plus résistants au froid et les plus endurants au monde, s’affrontent chaque année.
Mais les plans ont soudainement changé. Usha n’était plus la bienvenue, faisaient savoir les organisateurs. Qu’à cela ne tienne. Le chien d’attaque de Trump a assuré le spectacle : J.D. Vance lui-même a fait le déplacement vendredi sur cette île géante appartenant au Danemark et que les États-Unis convoitent avec insistance.
J.D. Vance aime ce rôle de pitbull de la nouvelle administration, à des années-lumière de celui que campait Mike Pence, le premier vice-président de Trump, réservé, pour ne pas dire effacé. Vance est en train de transformer la fonction, habituellement jugée ennuyeuse, « le poste le plus insignifiant au monde », disait John Adams. Le voici donc foulant le sol groenlandais non plus, comme prévu, à l’aéroport de Nuuk, la capitale du territoire autonome, mais à plus de 1 500 kilomètres de Sisimiut, sur la base spatiale de Pituffik, l’installation militaire la plus septentrionale de l’armée de l’Air, débarquant d’Air Force II, loin des autochtones, par – 19 °C.
« Il fait un p… de froid ici ! » Le style Vance n’est plus celui de ce jeune homme policé, au visage glabre et joufflu, que la presse recevait il y a plus de huit ans pour son livre Hillbilly élégy (Globe), autobiographie saluée par la critique sur son enfance dans les Appalaches et adaptée par Ron Howard sous le titre Une Ode américaine (Netflix) en 2020. L’ex-sénateur de l’Ohio, qui qualifiait à ses débuts médiatiques Donald Trump d’« Hitler américain », est devenu un trumpiste zélé, donnant presque à son patron des allures de modéré.
Quand, fin février, Volodymyr Zelensky est reçu à la Maison-Blanche, c’est J.D. Vance qui se charge, devant les caméras du monde entier, de tancer le président ukrainien : « Avez-vous dit merci ? » C’est lui qui, dans des échanges sur l’application Signal avec le ministre de la Défense Pete Hegseth et le conseiller à la sécurité nationale Mike Waltz, révélés par The Atlantic, s’en prend au Vieux Continent : « Je déteste voler au secours des Européens ! »
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Une véritable antienne chez ce libertarien qui a toujours détesté l’Union européenne et ses réglementations. Mi-février, lors de la conférence de sécurité de Munich, il tenait déjà un discours très pessimiste : « La menace qui m’inquiète le plus vis-à-vis de l’Europe, ce n’est ni la Russie ni la Chine. Ce qui m’inquiète, c’est la menace qui vient de l’intérieur. Le recul de l’Europe par rapport à certaines de ses valeurs les plus fondamentales. »
Vendredi, lors de sa visite éclair au Groenland dans un hangar mal chauffé, J. D. Vance s’est laissé aller encore à ses attaques contre le Danemark : « Vous n’avez pas fait du bon travail pour le peuple groenlandais. Vous avez sous-investi dans la population groenlandaise et dans la sécurité de ce territoire magnifique. » Peu importe que le roi Frederik X du Danemark se soit opposé vendredi, sur les réseaux sociaux, aux ambitions américaines : « Nous vivons dans une réalité différente. » Le vice-président roule pour Donald Trump et donc pour l’Amérique. Car J.D. Vance, en refusant d’être relégué à un second rôle, est devenu l’héritier légitime du mouvement Maga en un temps record.
Un sondage mené de manière informelle par McLaughlin le 22 février auprès des membres de la Conférence d’action politique conservatrice (CPAC) le donne largement favori comme successeur de Donald Trump, avec 61 % de soutien, loin devant Ron DeSantis, gouverneur de Floride, ex-étoile montante du Parti républicain. Même le fils Don Jr, avec 3 %, fait pâle figure. À 40 ans, J.D. Vance, donné à l’adoption par David Bowman, son père naturel, quand il avait 6 ans, s’est trouvé une vocation de fils spirituel.
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