
« L’hiver était là, sec, rigoureux, et d’un petit Lyonnais à la vie bien rangée, les circonstances avaient donc fait, en à peine un mois, un braqueur de banque aux penchants séditieux ». Pas si vite, comment en est-on arrivé là ? En cette cinquième année du giscardisme et troisième année du punk, la mondialisation fait déjà des ravages. Soumis à la concurrence chinoise, le parapluie français replie ses baleines et Victor Bromier perd son emploi de représentant. Sans en avoir pourtant fini avec les pépins. Sous la plastique affolante de Corine, rencontrée un soir de cuite, se dissimule une passionaria de la lutte armée qui finance la défense de ses idéaux politiques par l’attaque à main armée.
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Notre homme se reconvertit illico dans le grand banditisme, le couple aligne quelques coups audacieux, se sépare et se rabiboche quand les circonstances exigent de prendre la tangente. Tout le monde garde son calme est d’un écrivain qui connaît ses classiques, on ne s’étonnera guère de trouver sous sa plume une référence à Jean-Patrick Manchette, saint patron du roman noir à la française — et quelque chose nous dit qu’il ne doit pas détester Frédéric H. Fajardie. Au long de cet impeccable exercice de style, où pas une figure imposée ne manque au programme, le lecteur s’amusera à recenser les clins d’œil adressés à quelques grands aînés, du Georges Lautner des Tontons flingueurs au Henri Verneuil de Mélodie en sous-sol en passant par le Joël Séria des Galettes de Pont-Aven et tant d’autres.
Le lecteur s’amusera à recenser les clins d’œil adressés à quelques grands aînés
Autre sujet d’intérêt, la reconstitution de l’année 1979, millésime des plus agités, faut-il qu’il m’en souvienne, entre la mort par noyade de Robert Boulin, ministre en exercice, l’assassinat en pleine rue de Pierre Goldman ou l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique. Ce n’était pas forcément mieux avant. Par ailleurs guitariste de rock, Dimitri Kantcheloff prend aussi plaisir à citer quelques disques sortis en ces seventies finissantes pour en conclure « que l’année 79 ne fut pas si mauvaise, question musique ». Message personnel à l’auteur : mais tellement moins bonne que l’année 77 !
Tout le monde garde son calme, Dimitri Kantcheloff , Finitude, 192 pages, 18 euros.
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