37,5 %. C’est ce que représente l’augmentation du nombre de clandestins qui gagnent illégalement les côtes britanniques en traversant la Manche à bord de « small boats », ces petits bateaux pneumatiques de fortune jetés à la mer à la hâte depuis les côtes françaises.
Selon les chiffres officiels du Home Office britannique, que le JDD a pu consulter dans le détail, 5 920 migrants ont rejoint illégalement le Royaume-Uni dans ces conditions depuis le 1er janvier 2025. Entre le 1er janvier 2024 et le 24 mars 2024, 4 306 clandestins avaient réussi la traversée. Ce début d’année constitue donc un record pour les passages illégaux vers le Royaume-Uni. Le chiffre est d’autant plus significatif que la période de début d’année est généralement moins propice aux tentatives de traversée, en raison des conditions météorologiques difficiles.
Si l’on raisonne en année glissante, la tendance est également nettement à la hausse : entre le 24 mars 2024 et le 24 mars 2025, 38 430 migrants ont gagné le Royaume-Uni par la Manche, contre 30 060 un an plus tôt sur la même période. Soit une augmentation de 27,8 % en l’espace d’un an.
Sur la seule journée du 2 mars dernier, 11 small boats ont rejoint l’Angleterre, à bord desquels se trouvaient 592 migrants. Le record de l’année précédente s’établissait le 18 juin 2024 à hauteur de 882 clandestins répartis sur 15 bateaux différents, soit un chiffre vertigineux de près de 60 migrants par small boat.
Près de 60 migrants par small boat
Dans les faits, ainsi que nous avons pu nous le faire confirmer par les services de la Préfecture Maritime de la Manche et de la mer du Nord, qui gère le sauvetage en mer des migrants, ces derniers n’atteignent jamais physiquement les côtes britanniques ; ils sont secourus en mer par les sauveteurs britanniques à quelques dizaines de milles marins au large des côtes françaises, avant d’être conduits vers l’Angleterre.
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Les ressortissants afghans représentent le premier contingent de migrants arrivés clandestinement au Royaume-Uni, devant les Syriens, les Iraniens et les Vietnamiens.
Lutte contre les réseaux de passeurs
Le gouvernement travailliste de Keir Starmer, qui a pris ses fonctions en juillet dernier, a promis d’enrayer ce phénomène des small boats, en luttant notamment contre les réseaux de passeurs.
Un projet de loi est en cours d’examen au Parlement britannique pour accroître les moyens des forces de l’ordre. En novembre dernier, le gouvernement britannique a annoncé avoir conclu un accord avec l’Irak, afin d’accélérer le retour des migrants irakiens dans leur pays d’origine lorsqu’ils n’ont pas de titre de séjour valable au Royaume-Uni.
Pour l’avocat Philippe Fontana, auteur de La Vérité sur le droit d’asile (L’Observatoire), la situation n’est pas près de s’améliorer. « Les accords avec des pays tiers sont des solutions d’attente qui ne règlent rien. Une fois qu’un clandestin met un pied sur le territoire national, il est très difficile de le refouler. Et cela vaut pour tous les pays européens, sans exception », souligne-t-il auprès du JDD.
Et le Brexit, qui aurait pu laisser penser à un affranchissement des normes bruxelloises, n’y change rien. « Le Royaume-Uni est toujours signataire de la Convention de Genève et fait toujours partie de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), ce n’est donc pas près d’évoluer en matière d’asile », poursuit notre interlocuteur, qui préconise plutôt de maîtriser les routes migratoires en amont, « en passant par exemple des accords de coopération avec certains pays africains, pour empêcher le flux de passer les frontières européennes ».
Depuis le 1er janvier, au moins 9 personnes ont péri en mer en tentant la traversée de la Manche. En 2024, au moins 76 personnes ont perdu la vie dans une vingtaine de naufrages, ce qui représente l’année la plus meurtrière jamais enregistrée depuis l’apparition du phénomène des small boats.
Les traversées de la Manche ont représenté 84 % des arrivées illégales au Royaume-Uni l’an dernier. Sur place, les clandestins demandent quasi systématiquement l’asile.
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