
La question : « Mozart, est-ce aussi bon que les Beatles ou… Blur ? » La réponse : « Hahaha ! Ne soyez pas ridicule. Supposons que Mozart soit un continent, alors les Beatles sont un pays et, moi, avec ma musique, une petite île perdue dans cette immensité ! » Ne soyez pas ridicule, Damon Albarn ! Depuis l’avènement du groupe Blur au milieu des années 1990 dans la britpop, jamais le sol britannique n’avait assisté à l’émergence d’un tel génie mélodique.
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Après Gorillaz, The Good, The Bad and The Queen, une poignée d’albums solo et d’autres productions tout aussi sublimes d’éclectisme (Bobby Womack, Amadou & Mariam…), son architecte en chef vient, à 56 ans, de se lancer un nouveau défi : composer une suite à La Flûte enchantée. Le livret ? Signé par Goethe ! « C’était, comme on le sait, un auteur très prolifique, et ce projet était dans ses tuyaux, raconte Damon Albarn au volant de sa voiture, craignant à peine de se perdre sur le chemin des répétitions. On a retrouvé des ébauches. Manifestement, il comptait bien que Mozart poursuive l’histoire. Mais cette œuvre est un tel monument que des âmes bien attentionnées ont dû se charger de le décourager. Son travail a fini dans un tiroir, prenant la poussière pendant des années. »
« Tout le génie de la créativité vient d’une âme humaine »
Le pitch, raconté par le compositeur : Tamino et Pamina ont eu un bébé. Ivre de jalousie, la Reine de la nuit, redoutant que cette naissance n’affecte son pouvoir, décide de kidnapper le nourrisson et l’enferme dans un cercueil. Le couple va alors missionner Sarastro pour le récupérer. C’est là que l’intrigue se corse : on comprendra alors que le serviteur zélé a vécu dans sa jeunesse une passion avec la Reine de la nuit… « C’était à la fois terrifiant et exaltant. Car j’ai eu beau déjà faire de grosses productions théâtrales, jamais je ne m’étais frotté à un opéra. Même si j’adore écrire pour ce type de voix. »
Amateur de Purcell tout autant que de John Adams, Damon Albarn s’est rendu, durant cette période de gestation, toutes les semaines à l’opéra. Résultat : s’inspirant du groupe Kraftwerk, le fils du manager de Soft Machine en a tissé une œuvre électronique. Quatre instrumentistes en accompagneront les arias sur d’antiques synthétiseurs analogiques Roland (millésime 1980). « Quand je compose, j’ai besoin d’entendre tout ce que j’écris. Il existe donc une version de cet opéra où je chante toutes les voix, d’hommes, de femmes, d’enfants. C’est assez ridicule, mais je ne pouvais pas faire autrement. »
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Les enfants viendront-ils au concert ? « Le public jeune est le grand absent à l’opéra. Espérons que celui-ci permettra de tordre le cou à cette fatalité », conclut l’un des plus fervents opposants aux directives du gouvernement britannique sur l’intelligence artificielle qui vient, avec un millier d’artistes dont Kate Bush et Annie Lennox, de publier un album muet en signe de protestation. « Malgré tout ce qu’on nous rabâche sur les vertus de l’IA, je reste convaincu que tout le génie de la créativité vient d’une âme humaine. »
« The Magic Flute II : La Malédiction », au théâtre du Lido (Paris 8e). 1 h 15. Du 27 au 30 mars.
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