
La conquête spatiale est à un tournant stratégique. Face à la montée en puissance des États-Unis et de la Chine dans l’espace, l’Europe ne peut plus se contenter d’un rôle secondaire. L’espace n’est pas un simple secteur industriel : c’est une infrastructure critique, un levier de puissance et un territoire de souveraineté. Sans une ambition claire et des moyens à la hauteur, l’Union européenne risque d’être reléguée au rang de spectatrice dans cette compétition mondiale.
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Aujourd’hui, notre modèle est à repenser. L’éparpillement des initiatives, le manque de coordination et la faiblesse des financements fragmentent nos efforts. Il est temps d’adopter une approche plus structurée et efficace : un « omnibus européen de l’espace », capable de fédérer les États membres autour d’une vision commune tout en laissant la place à des initiatives nationales stratégiques.
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Si l’Europe veut peser durable dans l’espace, elle doit structurer son action autour d’un socle de capacités communes financées et gouvernées au niveau européen, à l’image de Galileo ou d’Iris². Un tel cadre permettrait de garantir la souveraineté des infrastructures spatiales critiques, d’assurer leur pérennité et d’accélérer l’innovation technologique. Mais ce socle ne doit pas brider l’initiative des États : chaque pays doit pouvoir y greffer des capacités spécifiques, qu’il s’agisse de télécommunications sécurisées, de surveillance de l’espace ou de capacités de défense.
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Renforcer la compétitivité de l’industrie spatiale
Cette architecture hybride aurait un double avantage. Elle permettrait à l’Union européenne d’affirmer son autonomie stratégique avec des programmes de référence pilotés à l’échelle continentale, tout en laissant aux États membres la possibilité de développer des compétences clés en fonction de leurs priorités nationales. Un tel modèle renforcerait non seulement la compétitivité de l’industrie spatiale européenne, mais aussi sa résilience face aux menaces.
« L’Europe ne peut plus se permettre d’être un sous-traitant dans la nouvelle donne spatiale »
Car la question n’est plus seulement économique ou industrielle. L’espace est un environnement disputé où se jouent des rapports de force globaux. Comme l’a souligné Andrius Kubilius, commissaire européen à la Défense et à l’Espace, à Bruxelles, lors de la Conférence spatiale européenne il y a quelques semaines : « Si nous voulons que l’espace soit une force au service du bien, l’Europe doit rester une puissance spatiale de premier plan. »
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L’accès à l’espace et son exploitation conditionnent la souveraineté, la sécurité et la résilience des nations. Les satellites européens sont essentiels à la navigation, aux télécommunications, à l’observation environnementale et à la gestion des crises. Pourtant, ces infrastructures critiques sont exposées à des menaces de plus en plus nombreuses : cyberattaques, brouillage, manœuvres d’approche hostiles. La militarisation de l’espace est une réalité stratégique.
L’Europe doit impérativement accélérer le développement de ses capacités de Space Domain Awareness (SDA) et investir dans la protection active de ses satellites. La surveillance, la résilience et la capacité d’action dans l’espace ne sont plus des options, mais des impératifs.
Un défi d’ampleur
Le retour en vol d’Ariane 6, ce 3 mars 2025, marque une étape importante. Il restaure un accès autonome à l’espace, un enjeu fondamental pour la souveraineté européenne. Mais ce succès ne doit pas masquer l’ampleur du défi. Garantir la capacité de lancement est essentiel, mais insuffisant. L’Europe doit maintenant s’attaquer aux véritables fractures stratégiques qui freinent son ambition spatiale.
Cela passe par une montée en cadence des lancements, une accélération du développement des lanceurs réutilisables et un renforcement de l’écosystème spatial européen. Il ne s’agit pas seulement de sécuriser nos capacités industrielles, mais de garantir que l’Europe puisse déployer, opérer et protéger ses propres infrastructures spatiales sans dépendre d’acteurs extérieurs.
L’Europe ne peut plus se permettre d’être un sous-traitant dans la nouvelle donne spatiale. Elle doit redevenir un acteur à part entière, capable de définir ses propres règles et d’assurer la sécurité de ses infrastructures en orbite. Cela exige une volonté politique forte, une vision de long terme et des investissements à la hauteur des ambitions affichées. L’espace est un enjeu de puissance. Ceux qui le maîtrisent façonneront le monde de demain. L’Europe doit choisir : dépendance ou indépendance. Il est temps d’agir.
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