
Le père Brottier, c’est d’abord une barbe, celle d’un missionnaire qui ne veut pas d’une petite vie douillette. Ordonné prêtre à 23 ans, il s’engage rapidement chez les spiritains, qui sont au sein de l’Église du XIXe siècle des sortes d’aventuriers de la foi : lorsqu’ils partent en Afrique, leur espérance de vie est à l’époque de quelques mois…
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Pour le père Brottier, ce sera Saint-Louis du Sénégal, plus tranquille car il souffre d’une santé fragile. Mais le défi est immense : la ville compte alors 3 000 catholiques pour 30 000 musulmans, et la IIIe République anticléricale est largement hostile aux missionnaires. Refusant de se laisser abattre, cet homme d’action fait des merveilles pour contourner l’obstacle : il organise des conférences, crée une fanfare et un journal, L’écho de Saint-Louis. Il cultive aussi des oranges et des citrons, et met au point une espèce savoureuse que l’on appelle toujours « la mangue Brottier » au Sénégal ! Ce faisant, il fait tomber les barrières entre les colons et la population sénégalaise.
« En douze ans, il multiplie par dix le nombre d’orphelins pris en charge »
Mais la Première Guerre mondiale éclate. Après huit années en Afrique, il s’engage comme aumônier militaire. Là encore, sa bravoure fait l’admiration des soldats. Il prend des risques insensés, court chercher les blessés, ferme les yeux des mourants… Son courage héroïque, à l’égal de tant de prêtres, vaudra à la France de réconcilier dans la fraternité des tranchées ceux qui croient au Ciel et ceux qui n’y croient pas. Il reçoit la Légion d’honneur, la croix de guerre et six autres distinctions, dont la plus belle, bien que non officielle, est sans doute d’avoir été surnommé « l’aumônier verni ». Car en quatre ans de guerre, il n’a pas été touché par une seule balle, malgré son manteau criblé d’éclats d’obus.
Protection qu’il attribuera bien plus tard à Thérèse de Lisieux, qui n’est pas encore sainte à l’époque… L’évêque de Dakar, Mgr Hyacinthe Jalabert, lui révélera en effet avoir confié sa sauvegarde à l’intercession de la religieuse. Dans le bréviaire détrempé de l’évêque, péri lors d’un naufrage, le père Brottier retrouvera d’ailleurs sa propre photo, celle de Thérèse de Lisieux, et… les plans de la future cathédrale de Dakar. Bouleversé, le prêtre met alors tout en œuvre pour trouver des fonds et construire l’édifice, ce qui sera fait à sa mort en 1936, survenue 26 jours après l’inauguration de la cathédrale.
Entre-temps, le père Brottier aura accompli sa troisième vie : la reprise en main de l’œuvre des orphelins d’Auteuil, au bord du gouffre. Grâce à sa notoriété, il déplace les montagnes, utilise la publicité, ouvre un cinéma, se fait journaliste, multiplie attractions et concerts pour toucher les cœurs. En douze ans, il multiplie par dix le nombre d’orphelins pris en charge, ouvre quinze maisons pour les accueillir… Le secret de cette énergie infatigable ? Une confiance absolue en Dieu, à l’école de la sainte de Lisieux pour qui il a fait bâtir à Paris la première chapelle consacrée à son nom. « Plus on fait de grandes choses, disait-il, plus on se sent petit. Ceux qui ne font rien se trouvent toujours très grands. »
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En partenariat avec France Catholique.
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