
Tirer le fil d’une existence, surtout celle d’un artiste majeur, révèle toujours la trame d’une époque. Suivre les traces de Victor Vasarely depuis sa Hongrie natale jusqu’à Paris, c’est revivre les convulsions des années 1930, la Seconde Guerre mondiale, l’avènement du psychédélisme et l’invention de l’art optique (op art pour les intimes) auquel son nom reste attaché. C’est aussi explorer les méandres du plus tumultueux et du plus ténébreux des polars vrais.
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Tout commence avec la disparition de Claire, la matriarche, « quand la succession va devenir une obsession, un tourment, qui va consumer tous ceux qui, ensuite, vont approcher l’œuvre du peintre ». Trente ans de procédure, d’arnaques, de coups bas et de coups de théâtre, de trafics en tous sens. Prévoir plusieurs saisons pour la future série Netflix. Et un budget à la hauteur.
Rien que pour l’arrestation à Porto Rico de Michèle, l’une des belles-filles du clan, par le FBI : « Une voiture, non, deux, trois voitures arrivent. Un défilé. Et des 4×4 à présent, qui semblent bien trop gros pour cette ruelle tracée pour le passage des ânes au XVIIIe siècle. »
Si Michèle est le personnage favori de l’auteur, rien n’interdit de lui préférer Charles Debbasch. Brillantissime professeur de droit public, conseiller à l’Élysée, plus jeune doyen de France, il murmure à l’oreille de quelques dirigeants africains. La roche Tarpéienne n’a jamais été plus proche du Capitole – une descente de police entre les murs de la faculté qu’il préside lui vaut sans transition un séjour aux Baumettes. Son erreur ? Avoir oublié que « la famille est un ensemble de gens qui se défendent en bloc et s’attaquent en particulier ». La tribu se ressoude pour dénoncer ses escroqueries à la tête de la Fondation Vasarely, lui réplique en criant à l’abus sur personne vulnérable.
L’incendie provoqué par l’affaire Vasarely ne laisse derrière lui que de grands brûlés. Julie Malaure en tire un récit passionnant sans oublier d’exposer quelques dessous douteux de l’art moderne. On apprend ainsi que Vasarely ne peignait plus tous ses tableaux dès les années 1960 et signait à l’occasion de son nom des œuvres de son fils. L’art optique tenait parfois de l’illusion d’optique.
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Vasarely, l’héritage maudit, Julie Malaure, Le Cherche Midi, 312 pages, 21 euros.
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