C’est en pleine crise franco-algérienne que se tient un comité interministériel de contrôle de l’immigration. Le sujet est tel aujourd’hui qu’il occupe parmi les préoccupations des Français une place explosive : explosive politiquement pour une coalition gouvernementale à l’Assemblée, explosive socialement et culturellement pour la cohésion de la Nation, explosive sur le plan institutionnel, car il interroge non seulement le rapport des citoyens à leurs élites mais également à leur ordre juridique, à leur architecture constitutionnelle et plus largement à la question sensible du sens de l’État de droit.
Le paradoxe de l’enjeu migratoire est qu’il fait consensus dans l’opinion, mais qu’il clive dès lors que l’on en débat au sein de notre classe dirigeante. Cette réalité illustre, s’il le fallait, le fossé existentiel qui préside à ce que nous appelons la crise démocratique, c’est-à-dire la coupure entre le haut et le bas, les gouvernants ou les représentants et les citoyens, et plus largement tous ceux qui sont censés appartenir au système élitaire et les classes populaires et les classes moyennes.
« Depuis qu’il a pris ses fonctions, Bruno Retailleau s’efforce d’apporter une réponse claire et énergique »
La France est malade comme jamais de ce qu’elle vit comme un mélange de déni et de mépris. Elle s’en exaspère toujours plus dans le silence assourdissant d’une impuissance publique d’un côté, et d’une morgue sociétale de l’autre, dont certains cercles médiatiques autocentrés et endogames constituent la plus caricaturale des illustrations. Bref, l’immigration est le point focal du malheur français.
Depuis des décennies, le dossier n’en finit pas de travailler la poutre nationale. On peut débattre, on peut légiférer (30 lois depuis 1980), on peut multiplier les rapports et les commissions, rien n’y fait : c’est l’enlisement qui s’impose comme si l’État n’était pas en mesure de répondre à l’injonction que lui lance une opinion majoritairement acquise à l’idée de fermer les vannes de l’attractivité migratoire et d’en reprendre avec autorité le contrôle. Les derniers épisodes du conflit incandescent entre Paris et Alger, exclusivement alimenté par les hiérarques algériens, ne peuvent qu’exacerber l’impatience de nos compatriotes.
Depuis qu’il a pris ses fonctions au ministère de l’Intérieur, Bruno Retailleau s’efforce d’apporter à ces derniers une réponse claire et énergique. À vrai dire, son plus grand apport à ce stade est tout entier dans la sincérité de son expression, dont le sens commun, au vu des sondages, ne manque pas de le créditer. Pour autant, une interrogation demeure en suspens et non des moindres : le ministre a-t-il les moyens de sa volonté ? Certainement pas, au regard de l’attelage gouvernemental dont il est tributaire ; encore moins si l’on tient compte de la hiérarchie du droit et des normes, qui suppose une inversion pour réamorcer la maîtrise exhaustive de notre politique dans ce domaine.
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On comprend que la seconde de ces conditions est déterminée par la première, à savoir une majorité claire et cohérente. Le système de contraintes est pour le moins tendu. Dans l’immédiat, faute de disposer d’un contexte favorable politiquement pour engager le grand chantier, le curseur d’un éventuel infléchissement dépendra principalement de notre capacité à répondre aux provocations continues du régime d’Alger.
Si à l’issue de sa réunion le comité interministériel annonce la fin de l’accord de 1968, comme celle de la dispense des visas pour les diplomates algériens et leurs proches, ainsi qu’un durcissement significatif de l’accès au territoire national pour l’ensemble des ressortissants algériens, un signal fort sera pour le coup envoyé. En deçà, ce sera la déception, le doute et l’impuissance qui l’emporteront… Car il n’y a pas de place pour une cote mal taillée à l’heure où la Nation très majoritairement ne se résigne plus à « l’étrange défaite » de ses gouvernants.
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