L’audience a été marquée ce mardi 25 février par les conclusions de l’enquêteur de personnalité, intervenant en visioconférence. Il rencontre Joël Le Scouarnec fin 2018 à la maison d’arrêt de Saintes, en Charente-Maritime et s’entretient avec lui pendant près de 2 heures 30. L’homme, déjà condamné dans une autre affaire, purge alors une peine de quinze ans de prison pour viols et agressions sexuelles sur quatre mineures (ses deux nièces, une jeune patiente de l’hôpital de Loches, et sa voisine de 6 ans). L’enquêteur décrit un homme « intelligent et calculateur, gérant l’entretien comme une partie d’échecs ». Son enfance est « heureuse avec sa mère concierge et son père ébéniste ».
Ce dernier voulait initialement rentrer dans les ordres mais aurait été victime d’agressions sexuelles et aurait donc renoncé. Premier couac. Ce même père, un tantinet violent et usant volontiers du martinet sur ses enfants, aurait, selon l’ex-femme de Le Scouarnec, « abusé sexuellement » d’un de leurs fils. Il aurait également abusé d’une de ses petites-filles dixit la sœur de Joël Le Scouarnec. Ces faits sont à ce jour non vérifiés mais possiblement avérés.
De ses relations familiales, l’accusé pourtant ne dit que du bien. « J’ai eu une adolescence facile, une vie normale et aucun problème avec mon frère ou ma sœur », déclare-t-il. Il rencontre son épouse Marie-France en 1974, « l’amour de sa vie ». Une relation « tout feu tout flamme au début mais qui se dégrade au fur et à mesure », précise-t-il à l’enquêteur. D’abord, elle enchaîne les relations extraconjugales avec le contentement de son mari. Elle décrit une sexualité normale dans le couple sans aucune exigence particulière. Puis, elle évoque la dégradation de leur relation commence vers 1997 car « Joël Le Scouarnec la considérait comme la bonne ». Aujourd’hui, elle refuse tout contact avec lui et a demandé le divorce pour ne pas être « solidaire de ses dettes judiciaires ». Elle nie avoir été au courant des actes criminels de Joël Le Scouarnec même si des éléments semblent indiquer le contraire. Elle a aussi exprimé ses regrets sur sa vie « cousue de mensonges ».
Pour autant, Joël Le Scouarnec est aussi décrit comme « un mari doux, gentil et très cultivé mais peu présent à cause de son travail. C’est aussi un père très ouvert et tendre », détaille l’enquêteur de personnalité. La paternité de l’accusé est aussi décortiquée. Son deuxième fils décrit son père comme « très réservé mais pas manipulateur ». Il évoque aussi quelqu’un de « maniaque qui répertoriait sur un document les films qu’il téléchargeait et mettait des annotations ». « Un homme franc, adepte de l’humour noir, ayant régulièrement des passages dépressifs », raconte-t-il. Le petit dernier de la fratrie parle, lui, surtout d’une personnalité « un peu froide, un peu calculatrice et forte ». L’enquêteur termine son explication en soulignant le « manque de spontanéité de Le Scouarnec pendant l’échange ». Il décrit un accusé dans le contrôle permanent.
L’intervention du fils se termine par un mot envers son père. Sa voix cette fois-ci tremble. Le choc est rude
On entend ensuite le plus jeune fils de Joël Le Scouarnec. Né en 1987, il s’avance machinalement vers le pupitre. Habillé en noir, il porte des lunettes et une petite barbe. Son père le regarde sans réagir. Il déclare en préambule « ressentir beaucoup de stress, lié notamment à voir son nom associé à celui de son père ». Il dit ressentir « beaucoup de colère et d’émotions négatives ». « Je suis prêt à répondre à toutes les questions possibles », assure-t-il à la cour. Il décrit une famille ordinaire avec ses frères plus proches de son père que lui. Il raconte ensuite la séparation et la découverte des faits. Il assure ne pas avoir été témoins de faits commis par son père même si le doute subsiste. « J’ai pris sur moi et je continue de le faire. Ma pudeur m’empêche d’aller voir un psy mais peut-être que je finirai par y aller », déclare-t-il. Une chose dont il semble être certain, c’est de ne pas avoir été victime de son père. Il s’exprime d’une voix douce, posée et parfois légèrement tremblante. Il revient sur l’année 2017 quand il apprend la vérité sur son père, après notamment le viol de sa voisine de 6 ans. « Je tombe de haut, c’est une chute émotionnelle assez grave. Depuis, je ne laisse jamais mon fils seul avec une personne sauf à l’école. Mais dans la famille, jamais, j’ai trop d’appréhension », explique-t-il.
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La présidente l’interroge ensuite sur le viol qu’aurait commis son grand-père sur lui, à savoir lui imposer des fellations et réciproquement. Le jeune fils de Joël Le Scouarnec peine alors à répondre visiblement très choquée. « Je n’étais pas au courant, je n’ai pas de souvenirs qui pourraient indiquer que c’est vrai », balbutie-t-il. Le moment est disons-le, effroyable. « Je tombe de haut » poursuit le fils comme s’il avait vu un fantôme. La présidente visiblement prise de court dit qu’il peut s’agir d’une erreur. L’intervention du fils se termine par un mot envers son père. Sa voix cette fois-ci tremble. Le choc est rude. « Je lui dis comme en 2020 : séparer l’homme qui est jugé du père, qui a fait qu’on a manqué de rien », articule-t-il la voix nouée. Joël Le Scouarnec semble pleurer. L’audience est suspendue dans une atmosphère extrêmement tendue.
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